Vide

Entre chien et loup, le meilleur moment pour moi. Je sors de la chambre d’hôtel, remonte le col de mon imper, et les mains dans les poches, je marche parmi les autres, tentant de me fondre dans le décor.

Je passe devant une vitrine qui vend ces nouveaux téléviseurs en couleurs. Partout, mon visage, et une banderole expliquant le danger que je représente défile en bas de l’écran. Je n’ai fait de mal à personne, mais personne ne voudra me croire. Je ne suis qu’un acteur, et j’abandonne. Laissez-moi !!! Foutez-moi la paix !

Je croyais tenir une bouteille de vin, mais ma main est vide. Je ne sais pas quand ni où je l’ai posée. Et je ne retournerai pas à l’hôtel pour le savoir. Non, ma chambre est encore plus déprimante que moi.

Personne ne fait attention à moi, c’est bien. Mais personne ne me reconnaît, moi, l’idole de tant de femmes, le rival de tant d’hommes. S’ils voyaient ce que je vois, ils changeraient d’avis.

Oh ! Un terrain vague ! Je m’y précipite. Mes pas malmènent les hautes herbes sèches. Je manque de trébucher sur une canette de bière vide. Mon ombre tentaculaire me suit toujours. Je ne peux pas lui échapper. Où vais-je ?

Je remarque une chose positive : je ne sens plus le vin. J’ai bu, pourtant. Mais où est-ce que je vais, là ? Là où mon ombre ne me suivra pas. Là où elle ne me narguera pas, changeant de forme, se glissant sous mes draps, ou avec moi, murmurant des choses mauvaises à mon encontre, aux personnes qui me sont proches. Je n’ai pas pu toucher une femme depuis deux ans, sans que mon ombre ne la fasse fuir. Et la dernière fois, j’étais tellement fou d’un manque d’amour, de fourrer une belle fille, que je l’ai cognée quand j’ai compris qu’elle ne m’aimerait pas. Je ne sais pas si elle s’est souvenue de quoi que ce soit à son réveil. Je l’avais rhabillée comme j’avais pu.

Le terrain vague mène à une troupe d’élite. Tous les soldats suréquipés allument leur torche en même temps, visant mon visage. Je ne suis pas ébloui, je suis tellement mort de l’intérieur. Je m’arrête devant eux et me mets à hurler : « QUOI ? QUOI ? Vous voulez m’abattre ? ALLEZ-Y ! »

Je ferme les yeux, les bras ouverts, tel un martyr que je suis loin d’être, pitoyable humain qui va mourir criblé de balles. Lorsque je rouvre les paupières, je suis au milieu du plus ancien cimetière de la ville. Oui, mais debout. Les soldats sont partis. J’ai dû avoir une absence, et je ne comprends rien.

************************************************************************ A l’hôtel Bonaventure, chambre 12, on emporte le cadavre d’un acteur bien connu. Son décès est déjà passé aux infos, et déjà les fans se précipitent devant le bâtiment, certains pleurant, d’autres ayant dégainé un appareil photo, pour un ultime souvenir. Un suicide. Une balle dans la tête. Il paraît qu’il y en a partout. Pauvre homme. Il devait se sentir seul, et pourtant, tant de femmes auraient rêvé de remplir son vide.

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L’âme en peine de Franck continua son petit bout de chemin, comme si nous étions toujours au jour de son trépas, oubliant ce qu’il faisait ou voyait au fur et à mesure. Une âme tourmentée qui glacerait encore longtemps le sang des passants sur son passage, ferait s’envoler un tas de feuilles mortes d’un coup d’âme, pour se sentir en vie.



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