Benham

Mis à jour : avr. 2

Nouvelle lune. Une nuit noire sans nuages. Comme une étoile filante, presque silencieuse. Puis un choc sourd.

1925. Denis, bûcheron, trempait son quignon de pain sec dans la sauce de la veille, et l’enfourna dans sa grande bouche en partie édentée. L’âtre le réchauffait pour la nuit.

Mais le bruit et l’onde le secouèrent dans son rituel tranquille.

Il se hâta d’avaler sa bouchée, déplia son mètre quatre-vingt-quinze du solide tabouret, et ouvrit en grand la porte de sa très modeste cabane. La lampe à pétrole accrochée au-dessus de sa table se balançait doucement, et éclairait légèrement l’extérieur.

A quelques dizaines de mètres devant chez lui, entre des souches récentes, il découvrit comme une boule noire de suie dans un cratère. Il s’approcha alors, descendant sur un roulis de petits cailloux, et la chose tombée du ciel se déploya. Une humanoïde aux yeux de lumière. Lorsque son regard se posa sur Denis, le corps massif du bûcheron se désintégra instantanément. Il n’eut pas droit à la stupéfaction.

Puis la créature avança dans la nuit à une vitesse surhumaine, marchant jusqu’à la prochaine ville, Benham. Un vague sourire se dessina sur ses fines lèvres.

Elle entra alors dans la première maison qui lui plut, désintégra ses occupants d’un seul regard, et alla s’allonger au grenier. Elle savait que sa seule présence en ville modifierait d’abord le climat, puis le comportement des gens, et enfin leur physique, dans une lente agonie mentale, dans laquelle ils finiraient tous fidèles au Premier Dieu déchu.

Elle s’endormit paisiblement.

La maison inoccupée se délabra lentement, mais étrangement, personne n’y allait, ne semblait la voir, ou même se souvenir de ceux qui l’avaient occupée.

Les nuages devinrent le quotidien des habitants, et des années plus tard, on avait oublié le ciel tel qu’il avait été. Les gens se méfiaient des nouveaux venus, cherchant à les chasser, grommelant au lieu de parler. Même entre eux, la communication verbale cessait à petits feux, et les corps se voûtèrent.

Benham devint une ville étrange, où il ne faisait pas bon rester, mais l’université était toujours ouverte, et des étudiants y étaient envoyés chaque année par leurs parents, qui vivaient suffisamment loin pour en savoir peu. Benham n’était pour eux qu’une ville de rustres.

En réalité, la ville devenait celle de golems, créatures humanoïdes aux allures maléfiques et reptiliennes, et chaque personne ainsi changée finissait toujours par être attirée par les ombres souterraines, et cherchait à rejoindre son Dieu en creusant frénétiquement. Dans les profondeurs inconnues, Il fomentait un plan.



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