Dans la Terre

Âme esseulée depuis longtemps, je reste couchée sous les pousses de mousse, émergeant à peine du tronc d’un vieil arbre que j’affectionne. Des siècles de silence, de végétation qui danse dans le vent. Femme-Nature, je m’éveille au printemps dans cette jungle quasi impénétrable.

Oh ! Des sons … Quelque chose non loin qui me rappelle… Les pas d’un Humain. Curieuse, je me déplace dans la terre, soulevant racines et herbes, ma forme féminine ondulant dans le sol. Je veux voir, savoir.

Le bruit de l’eau, une cascade. Une odeur qui n’appartient pas à la forêt. Proche de l’animal, avec un parfum que seul l’Homme peut émettre. Artificiel, mélange de choses qui me picotent. Mêlée à la végétation, je me coule sur un tronc en grimpant dans son écorce, mes formes discrètes en hauteur, pour observer. J’ai appris depuis longtemps à me déplacer sans déranger ma famille. Je suis moi, esprit de la jungle, ondulant dans les décors verts, à moitié fondue dans la sève, la terre, les branches, avec pour seuls indices de ma présence, le bas de mon visage et le haut de ma poitrine, pointant sous la Nature.

Je vois l’être se déshabiller, se décrasser à l’eau claire qui jaillit de la roche. Je m’approche, redescends de l’arbre le long de la sève, remue la terre tiède comme un ver, et rampe jusqu’à lui. Je m’arrête à ses pieds. Je tourne et tourne afin de me faire remarquer.

Il entend la terre bouger autour de lui, arrête ce qu’il faisait, nu, et s’accroupit.

Je n’ai pas de voix. Je suis un murmure :

« Je te vois » lui dis-je, mes lèvres de terre remuant devant lui. Son regard se pose sur mon corps d’esprit de Nature, et je sens des pousses, des racines me chatouiller le corps. De jeunes fleurs sortent sous le haut de ma poitrine et l’entourent, tel un corsage de rougeur, de gêne. Je le trouve beau, il est intrigué et sourit.

« Je te vois aussi » me dit-il doucement. Il caresse mon corsage fleuri et je sens la chaleur de sa main. Mon corps végétal réagit, et de fines tiges feuillues poussent très vite, ondulant au-dessus de mon visage, chevelure étalée dans la terre. Il la caresse avec douceur, fasciné par la Nature qui l’entoure. Sans s’en apercevoir, il s’enfonce dans le sol meuble.

Car je ne veux plus être seule. Je l’appelle, muette, à devenir mon compagnon. Je ne lui ai pas demandé son avis. Je ne connais pas ces civilités.

Quelques secondes plus tard, il est lui aussi fondu dans la terre, le bas de son visage cherchant de l’air, qu’il trouve facilement. Ses jambes se débattent. Voici sa nouvelle forme. Tandis qu’il découvre une infinité de ressentis, de la graine jusqu’en haut des arbres, j’ondule vers lui et fonds mes lèvres dans les siennes. Un baiser de bienvenue.



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