J'ai dit NON!

Mes hurlements ne couvraient pas les siens. Mes ongles dans sa chair n’arrêtaient pas les coups. Il pleuvait de la colère, une fois encore, sur moi, et je n’avais aucun parapluie. Je protégeai mon ventre déjà bien arrondi du mieux que je le pus, mais lui aussi eut droit à l’averse.

Une fois ses nerfs calmés, il s’assit sur son fauteuil préféré. Cette fois-ci, une voix, comme un souffle, me murmura au creux de l’oreille : « Souviens-toi de ce que tu es ». Ce fut tout ce que j’avais besoin d’entendre. Mon inconscient fut réveillé. Sans me poser de questions, déterminée, je montai à la salle de bain dans la douleur pour voir l’étendue des dégâts. Mon ventre remuait si fort que j’en souffrais. Il allait bien. Mon visage tuméfié ne ressemblait plus beaucoup à un être humain. Il était le reflet déformé de la colère. Je me pris en photo à l’aide de mon téléphone, puis filai à pas de loup à l’atelier. Son atelier, dehors. Une grande dépendance dans le jardin.

Tandis qu’il observait, l’œil torve, les cyclistes se suivre dans un ballet de muscles en rotation, je courus dans le froid jusqu’à son antre, pour y dénicher son fameux pistolet à clous. Ah il en était fier… Je sortis de là avec son appareil, et cette fois, ce serait ma survie et ma revanche, que j’allais peindre sur lui. J’entrai chez moi, déterminée, et mon ombre recouvrit une partie de son corps. Il sut alors que j’étais là.

« Apporte-moi un bourbon, tu seras un ange », me lança-t-il sans un regard.

« Avec ou sans clous, ton bourbon ? » demandai-je d’un ton morne, comme d’habitude.

« Quoi, qu’est-ce que tu racontes ? « m’interrogea-t-il, surpris, en se tournant vers moi, avec difficulté.

Ce fut à ce moment précis qu’il me vit, la lèvre en sang, des yeux remplis de noir de nuit que je ne pouvais voir, la cloueuse dans les mains, dirigée vers lui. Sans un mot, j’allongeai les bras et visai la tête.

« Je dis NON ! » lâchai-je, toute ma volonté dans le regard.

« Hé hé ! Attends ! Tu vas pas me… » furent ses derniers mots.

Les claquements répétitifs des clous s’enfonçant dans sa chair me firent tous un bien fou. Voilà, il était désormais figé dans ce qui lui allait le mieux. Assis, crasseux, dans le salon. Cloué à son siège du front aux couilles. J’aurais dû faire l’inverse. Le carmin se répandit autour des clous, tableau éphémère qui se terminait seul sous mon regard.

Quelque chose mua dans ma gorge. J’y portai la main. Une raideur, un cri coincé depuis le début.

Mon hurlement de victoire, de revanche. Mon premier cri. Des vases et verres brisés. J’étais une Banshee.


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