Sans aucun sens

Nous étions les Nettoyeurs de l’horreur. Gary et moi, soudés depuis… je ne savais plus combien de temps. Nous avions un don : repérer les cadavres dans les caves des gens, qui bien souvent, l’ignoraient. Ils vivaient comme cela, et nous nous devions d’intervenir avant qu’ils ne se rendent compte de quelque chose.

Et nous savions que jamais, jamais, nous ne rencontrerions les auteurs des méfaits. Étrange

histoire, dans les caves, dans le noir.

Nous toquâmes à la porte d’un couple. Une femme potelée, un peu négligée, d’une cinquantaine d’années, au regard doux et fatigué. Lui, grand, mince… Rien de remarquable. J’oubliai aussitôt son visage.

Gary baratina une excuse qui marchait toujours, comme pour moi. Un véritable don, vous dis-je !

Le couple nous ouvrit la porte de cave, simple porte de bois, d’un rose passé. Escalier de bois, ampoule nue.

Une fois en bas, nous remarquâmes que le sous-sol avait une belle taille ! Mais l’un des côtés était en piteux état, et un trou dans le haut du mur communiquait avec le rez-de chaussée. Bizarrerie, eh oui. Aussi le chien de la maison vint aboyer. Il nous fallait faire vite, avant que les propriétaires ne décident de descendre, ou s’inquiètent un peu trop. L’animal dut sentir l’anomalie en même temps que nous arrivions sur place. Des pans de lino étaient accrochés au plafond, cachant le reste de la cave. Un vieux tapis roulant, comme ceux des caisses de supermarchés, était là, sans vie, ne servant plus rien, Sali par des traces de sang.

Ah, notre affaire allait commencer. La route du sang continuait le long du tapis, passait les pans de lino pour rejoindre la seconde partie de la cave. Le cadavre était là… un homme d’une trentaine d’années. Sans réfléchir, nous le déshabillâmes et plantâmes nos dents dans ses chairs, nous hâtant de le dévorer, afin de pouvoir ensuite nettoyer le sang, et passer à l’affaire suivante. Nous sucions le sang, comme de vraies sangsues, nos bouches plus larges que la normale, nos langues aspirant avec efficacité, nos incisives tranchantes comme des rasoirs, nos molaires puissantes…

L’homme était tendre. Je dévorai l’abdomen et les tripes, ouvris la cage thoracique pour le cœur et les poumons. J’aimais ça, je devais bien l’avouer. Pendant ce temps, Gary s’occupait du visage et des membres. Le reste, les os, seraient emballés dans les vêtements.

Rapidement, nous nettoyâmes les traces de sang, tandis que le chien gueulait toujours. Ses maîtres essayaient de le faire taire, et s’excusaient depuis le trou du mur. Gary se chargea de répondre tandis que je finissais le ménage, en véritable automate.

Puis nous remontâmes, saluâmes le couple, et hop, maison suivante. Nous vivions la nuit pour les cadavres, pour nettoyer l’horreur sans se soucier de la méthode du meurtre. Depuis des décennies, cela ne nous intéressait même plus…



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