Trois jours et trois nuits

Nous étions cent, nous étions mille. Tous portant la même lame, tous unis par l’esprit. Mes yeux contenaient notre fureur dans un gris acier. Dans la vallée, le vent annonçait l’arrivée de l’adversaire, et fouettait le kilt, comme un étendard aux fières couleurs.

Le silence régnait pour l’instant, mais l’odeur d’acide indiquait la proximité de l’ennemi, qui semblait jouer avec nous, pour insuffler la peur, le doute, nous fatiguer par l’attente.

Je tiendrai bon, moi et le millier d’âmes que j’avais aspirées et partagées avec ma lame. Des visages grimaçant de colère, des bouches n’encourageant que mon esprit se dessinaient sur mon arme. Nous étions prêts dans mon seul corps, nos compétences à l’unisson pour cet ultime combat, qui pourrait tout changer pour ce monde.

Et ainsi, il arriva. Le sol trembla sous chacun de ses pas, au rythme de mon cœur. Les collines cachaient sa silhouette, mais le soleil étendit son ombre sur des kilomètres. Puis il se redressa d’un geste souple, son long cou dressé au-dessus des hauteurs, hurlant la puissance du Dragon. Ses écailles ténèbres entourées d’une fumée noire à l’odeur âcre, ses yeux irisés à la pupille étroite. Il était né pour régner, pour insuffler la peur d’un seul regard, mettre à genoux tous les hommes et femmes.

Aussi, j’avais été chargé de récupérer l’Artefact Premier, la lame de Fraternité, forgée par le créateur du monde, avant de s’effacer pour nous laisser la place. Tous les soldats, vétérans, volontaires s’étaient joints à moi par la magie, me donnant la force de leur expérience, de leur esprit.

Ce soir, le vent apportait l’obscurité, des nuages malaxés par une main invisible, transportant des étincelles, des éclairs pour animer le combat de sons et de lumières.

Pannlitach’ sseth, le père des Dragons, se tenait devant Nous. Tandis qu’il ramenait les articulations cartilagineuses de ses ailes vers l’arrière pour cracher de l’acide, gueule béante, j’unissais la volonté des miens dans l’Artefact Premier, et le levai bien haut. L’immense jet vert ne perça pas nos défenses, mais nous entendîmes tous l’herbe et les fleurs succomber, crépitant sous la mort. Et le tonnerre s’abattit sur la scène. Le combat dura trois jours et trois nuits. Mon corps s’épuisait tandis que le sien, vieux de dizaines de millénaires, gardait toute sa fraicheur et sa spontanéité, volant au-dessus de nous, tournoyant pour nous prendre au dépourvu, réduisant la belle végétation à de la terre nue, désormais parsemée de formes noires recroquevillées.

Mes frères d’âme tenaient bon, forts et fiers, face à l’esprit orgueilleux du Dragon, qui s’agaçait, puis se lassait. Le père des Dragons fit quelque chose de soudain, me surprit ; il se posa à quelques mètres de moi, gueule et yeux fermés. Dans mon multiple esprit, il adressa quelques mots par le mental.

« Hommes, vous êtes forts, volontaires et fiers. Vous avez su me mettre en difficulté. Aussi, je propose une trêve. Continuez à prospérer, tandis que j’irai réclamer le sommeil du juste. Il est temps que je me range et que je songe. »


Car le Mal ne peut exister sans le Bien, aucun de nous ne pouvait surpasser l’autre, et lui comme nous, le comprenions à la Fin de l’épreuve.



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